Rechercher

Ce que l'on sait de la douleur

Publié par Adrien le 26/02/2019 à 08:00 Source: CNRS Journal


Prendre un coup ou se blesser n'est pas douloureux en soi. C'est l'interprétation qu'en fait notre cerveau qui l'est. Aujourd'hui, on en sait plus sur les circuits de la douleur, mais aussi sur sa composante émotionnelle, clef dans la compréhension du phénomène.

Qu'est-ce que la douleur, à quoi sert-elle et comment la faire taire ? C'est à cette question bien plus complexe qu'il n'y paraît que tentent de répondre les biologistes et les neuroscientifiques, armés des dernières techniques d'exploration: IRM ou magnétoencéphalographie pour voir fonctionner le cerveau, études électrophysiologiques pour suivre la propagation du signal électrique dans le système nerveux... "Les progrès limités faits dans les traitements contre la douleur nous ont conduits à revoir nos approches expérimentales et à aller beaucoup plus loin dans nos connaissances du phénomène", constate Michel Barrot, chercheur en neurosciences à l'Institut des sciences cellulaires intégratives (INCI).

Une expérience sensorielle ET émotionnelle

La définition de la douleur elle-même a été profondément révisée. Pour l'International association for the study of pain, qui regroupe tous les médecins et chercheurs spécialistes de la douleur, la douleur est décrite comme une "expérience sensorielle ET émotionnelle désagréable en lien avec une lésion tissulaire réelle ou potentielle." L'organisme, via les fibres qui innervent la totalité de la peau et des organes, envoie un signal électrique au cerveau pour le prévenir qu'une lésion (coupure, brûlure, choc) vient d'avoir lieu ou est imminente. C'est un véritable système d'alarme qui préserve notre intégrité corporelle. "Les gens insensibles à la douleur - c'est une véritable pathologie génétique -, ont une vie courte: sans douleur, on se blesse, on se mutile..." rappelle Jean-Philippe Pin, neuropharmacologiste à l'Institut de génomiquefonctionnelle.


La nouveauté, dans cette approche de la douleur, c'est la composante émotionnelle, longtemps sous-estimée par les scientifiques. "Quand on se coupe le doigt, il n'y a pas de douleur au bout du doigt. L'information électrique remonte jusqu'au cerveau, et c'est le cortex qui interprète ce signal comme étant douloureux, explique Michel Barrot, qui précise: si on n'est pas dans une expérience émotionnellement désagréable, on ne parle pas de douleur mais de nociceptionFermerMécanismes permettant la détection et la transmission des stimulations susceptibles de porter atteinte à l'intégrité de l'organisme."


Grâce aux recherches menées ces dernières décennies, on connaît bien désormais les circuits de la douleur, c'est-à-dire l'ensemble des mécanismes neuronaux qui capturent et transmettent les stimuli reçus par notre peau et nos organes. A ce jour, on a dénombré une quarantaine de récepteurs et de voies spécialisées: certains sont sensibles au chaud - il en existe qui sont spécifiquement sensibles aux températures supérieures à 47°C -, d'autres au froid, d'autres sont sensibles à la pression mécanique exercée..., d'autres sont plus généralistes et exercent une veille sur le "bruit de fond" du corps."Dans la vie réelle, lorsque vous mettez la main sur une plaque électrique, plusieurs récepteurs et voies se déclenchent en même temps, ceux qui sont actifs à plus de 40°C, ceux qui se déclenchent à 47°C, ceux qui sont sensibles à la pression exercée lorsque vous avez appuyé la main...", précise Luis Garcia-Larrea, neurophysiologiste à l'hôpital neurologique de Lyon.

Le signal électrique produit au niveau des récepteurs remonte tout d'abord jusqu'à la moelle épinière, où il est analysé. A ce stade, la moelle épinière peut déclencher une réaction réflexe et provoque